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La nouvelle orthographe

  1. Qu'est-ce que la « nouvelle orthographe »?
  2. La « nouvelle orthographe » n'est pas un nivèlement par le bas !
  3. Déjà dans la plupart de vos outils
  4. Et dans les revues Averbode ?
  5. Un peu d'histoire...

 

1.

  • Qu'est-ce que la « nouvelle orthographe » ?

En 1990, l’Académie française et les organismes linguistiques compétents de Belgique, de Suisse et du Québec ont approuvé des rectifications de l'orthographe française. L’ensemble de ces rectifications sont communément connues comme constituant la « nouvelle orthographe ».

Mais pourquoi cette volonté de rectifier l’orthographe ?

La langue française, à l’instar de toute autre langue vivante, est en constante évolution. De nouveaux mots apparaissent, d’autres deviennent désuets, la prononciation se modifie. Cette évolution de la langue orale s’opère de manière naturelle dans la pratique des locuteurs.

En revanche, l’orthographe ne peut pas évoluer spontanément dans la pratique des scripteurs : lorsque quelqu’un ne suit pas les règles d’orthographe, sa rédaction est considérée comme incorrecte.

C’est pourquoi les instances francophones compétentes ont proposé ces rectifications. L’intérêt de ces rectifications est double :
 1. d’une part, adapter progressivement la langue écrite à l’évolution de la langue orale ;
 2. d’autre part, respecter toujours au mieux la logique de la langue.

Cette recherche de cohérence dans notre langue se réalise en unifiant la graphie d’une même famille de mots ou d’une même conjugaison, en faisant disparaitre les hésitations que certaines règles pourraient impliquer, ou encore en supprimant les incohérences qui résideraient au sein de la langue.

À ce jour, la nouvelle orthographe est officiellement recommandée mais n'est pas imposée. Les deux graphies sont donc encore considérées comme correctes, mais ce ne sera le cas que durant une période indéterminée. Il arrivera un jour où seule l’orthographe rectifiée sera jugée juste.
Si vous ne la connaissez pas encore, rassurez-vous, il s’agit en réalité de rectifications minimes : les rectifications ne concernent qu’environ 1300 des 60 000 mots qui constituent notre langue courante. Dans un texte normal,  en moyenne moins d’un mot par page est concerné.

2.

  • La « nouvelle » orthographe n'est pas un nivèlement par le bas !

Contrairement à ce que quelques personnes pensent, la nouvelle orthographe n’a pas été conçue pour « faciliter » l’apprentissage des élèves les plus faibles. Il ne s’agit en aucun cas d'une simplification abusive de notre langue, mais de rendre celle-ci plus logique et plus cohérente. La nouvelle orthographe n’implique donc pas une perte de valeur de la langue française. Que ceux qui avaient peur d’un   « nivèlement par le bas » se rassurent : le français reste une langue particulièrement riche en difficultés orthographiques…

3.

  • Déjà dans la plupart de vos outils

La plupart de vos outils prennent déjà systématiquement en compte la nouvelle graphie dans leur dernière édition : c’est le cas du dictionnaire Larousse, du Bescherelle et des logiciels de la suite Office (Word, Outlook, Powerpoint et Excel).
Aujourd'hui, le Petit Robert, par exemple, a largement intégré l'orthographe rectifiée.

  • Et dans les revues Averbode ?

Dans les revues des Éditions Averbode, nous appliquons toutes les rectifications orthographiques depuis les numéros de la rentrée de septembre 2015. Nous avons choisi de ne pas signaler les nouvelles graphies utilisées dans les textes de nos revues. Pourquoi ?
Nous considérons qu’il est préférable de ne pas attirer nous-mêmes l’attention des enfants sur ces changements. De cette manière, ils intègreront spontanément les formes rectifiées au fil de leurs lectures.
Nous laissons à chaque enseignant le choix d’enseigner ou non une, plusieurs ou toutes les règles des rectifications orthographiques / d’aborder ou non le sujet avec leurs élèves suivant leurs éventuelles réactions. Si vous expliquez de nouvelles règles en classe, vous pouvez éventuellement adapter pour vos élèves les exercices que nous vous proposons sur ce site.

5.

  • Un peu d'histoire...

Les rectifications orthographiques s’inscrivent dans un processus long de plusieurs siècles.

L’Académie française s’est formée au XVIIe siècle. À cette époque, la langue française était encore caractérisée par une grande instabilité. Par exemple, le mot « hirondelle » pouvait être prononcé et écrit « arondelle » ou « erondelle » ; pour certains verbes, la conjugaison à laquelle ils appartenaient n’était pas encore clairement définie (il y avait notamment une hésitation entre « recouvrir » et « recouvrer »).

L’Académie française veut faire disparaitre ces hésitations, elle veut proposer une langue fixe, claire, unifiée, afin que tous les francophones pratiquent leur langue de la même façon.

À cette fin, l’Académie élabore un Dictionnaire répondant à ce projet. La première édition, parue en 1694, présente un certain “compromis”: l’orthographe proposée se veut à la fois représentative de l’étymologie des différents mots et de leur manière d’être prononcés.

Un demi-siècle plus tard, dans la troisième édition (1740), près d’un mot sur quatre est déjà modifié afin de rendre le système orthographique plus cohérent. Dans la sixième édition (1835), sont opérées des rectifications telles que le remplacement de « oi » par « ai » dans les verbes conjugués (« j’avois », « il étoit » deviennent « j’avais », « il était ») afin de les rapprocher de leur prononciation. Dans la huitième édition (1935), « grand-mère » remplace « grand'mère » afin que le mot s’orthographie de la même manière que les autres mots composés.

Actuellement, la neuvième édition est en cours de publication. Celle-ci adopte les rectifications de 1990, qui concernent approximativement 1300 mots.

La nouvelle orthographe de 1990 s’inscrit donc dans un processus historique, logique et cohérent.  L'orthographe française que tout le monde apprenait avant 1990, appelée désormais "ancienne", a donc été, elle aussi, considérée un jour comme "nouvelle" orthographe.

Voici un exemple concret d’un texte où on peut se rendre compte de l’évolution de l’orthographe française : trois versions d'un même texte, le début de l'une des Fables de La Fontaine .


Édition originale (17è siècle)
Une Grenoüille vid un Bœuf,
Qui luy sembla de belle taille.
Elle qui n'e∫toit pas gro∫∫e en tout
comme un œuf […] 

Édition de 1802
Une grenouille vit un bœuf
Qui lui sembla de belle taille.
Elle, qui n'étoit pas gro∫∫e en tout
comme un œuf […] 

Édition d'aujourd'hui
Une grenouille vit un bœuf
Qui lui sembla de belle taille.
Elle, qui n'était pas grosse en tout
comme un œuf […]

Voici un autre exemple, issu de la préface de l'ouvrage "Le Duc de Guise surnomé le Balafré" de Robert de Brye .

Édition de 1694 
Je ne ferois point de Preface, ∫i je n’avois à parler que du ∫ujet de ce Livre: j’atendrois la décision du Public, ∫ans faire de vains éforts pour la prévenir.
[...]
Les gens d’habitude auront peine à ∫e défaire d’une vieille coûtume ; il s’en faudra con∫oler en faveur de la Jeune∫∫e qui vieillira ; en ∫orte qu’un jour tout le Monde aura abjuré cét ereur.
 
Transcription contemporaine
Je ne ferais point de préface, si je n'avais à parler que du sujet de ce livre : j'attendrais la décision du public, sans faire de vains efforts pour la prévenir.  [...]
Les gens d'habitude auront peine à se défaire d'une vieille coutume ; il s'en faudra consoler en faveur de la jeunesse qui vieillira ; en sorte qu'un jour tout le monde aura abjuré cette erreur.